À l’origine, il y a un nom et une mémoire : Balkanski. Comme un appel des montagnes bulgares, j’ai voyagé sur les traces de mon grand-père, né à Oryavoitsa, au pied du Balkan. Dans mes peintures de montagnes, ce point de départ devient une géographie intime faite de déplacements et de transmission.
Je suis américaine par ma mère et par ma grand-mère. Cette nationalité m’a été transmise par le sang, par un pays construit sur le sang. Je voyage plus tard en Californie pour voir mon frère. J’y peins les paysages en relief, par superpositions de couches, d’aplats et de tensions de couleur. Les formes semblent tenir, mais la brume et la lumière les défont sans cesse, déplaçant la structure même de la peinture, empêchant toute fixation du regard. La montagne n’est plus un motif : elle devient une construction fragile, toujours en train de se faire.
Le recueil Voyage au Mont Tamalpais d’Etel Adnan m’accompagne durant ces séjours. Ses montagnes, réduites à des aplats de couleur essentiels, confirment cette approche : un paysage vécu comme présence immédiate, entre vision et sensation.
Plus récemment, je peins les grottes du Vexin français, à partir d’images du territoire où je vis. La roche y devient le sujet : strates, cavités, surfaces érodées, fragments de formes façonnés sur des durées qui excèdent de très loin l’échelle d’une vie humaine. Face à cette lenteur presque inconcevable, la peinture recueille des fragments d’un temps qui nous dépasse, faisant se rencontrer le temps de la matière et le temps humain.
Cavités n°1, 2026, huile sur toile, 128 x 170 cm
Cavités n°2, 2026, huile sur toile, 160 x 140 cm
Cavités n°3, 2026, huile sur toile, 120x 150 cm
Mémoires de montagnes n°2, 2025, huile sur toile, 146 x 150 cm
Vu de l’exposition Premières fois au Prieuré Saint Niçaise à Gasny, 2025 – Les Rhodopes, 2025, huile sur toile, 3 x 130 x 162 cm
Vu de l’exposition Revoir au Tzara à Paris, 2025 – Mémoires de montagnes n°1, 2025, huile sur toile, 155,5 x 166 cm
Les Rhodopes, 2025, Tempera grasse sur toile, 70 x 60 cm
Mémoires de montagnes n°4, 2025, huile sur toile, 140 x 160 cm
Mémoires de montagnes n°3, 2025, huile sur toile, 140 x 160 cm
Fragment n°1,2,3 et 4, 2025,tempera grasse sur toile, 4 x 27 x 35 cm
Vu de l’exposition Premières fois au Prieuré Saint Niçaise à Gasny, 2025
Un pan de l’installation Tendre détente,2021, patchwork, 100 x 200 cm
Tempête, 2025, peinture à l’huile sur toile, 162 x 130 cm
La dispersion traverse mes travaux construits à partir de fragments de peinture. Le patchwork devient un moyen de recoudre des éléments dispersés et des identités multiples. Les surfaces que je compose sont suturées, discontinues, instables : elles tiennent par assemblage.
Le corps affleure dans ces assemblages : morceaux disjoints, formes interrompues maintenues par la couture. La peinture glisse vers l’objet : certaines pièces se gonflent, deviennent molles, proches de coussins, comme si la surface quittait la gravité du tableau. D’autres sujets apparaissent encore : fleurs fanées, végétaux en disparition, images après coup. Dans cette série, les formes initiales se défont pour en faire émerger de nouvelles relations de entre morceaux de chair, textures et vides.
Corps réassemblés I (mains croisées), 2025, patchwork, techniques mixtes, 72 x 110 cm
Vu de l’exposition Présences Composites au Générateur à Gentilly, 2026
Corps réassemblés VI (corps gonflé), 2026, patchwork, techniques mixtes, 70 x 130
Corps réassemblés IV (corps gonflé), 2026, patchwork, techniques mixtes, 104 x 60 cm
Corps réassemblés III, 2026, patchwork, techniques mixtes, 41 x 69 cm
Corps réassemblés VII (portraits), 2026, patchwork, techniques mixtes, 130 x 160 cm
Corps réassemblés II, 2025, patchwork, techniques mixtes, 52 x 91 cm
Corps réassemblés V (fleurs fanées), 2026, patchwork, techniques mixtes, 80 x 92 cm
Corps réassemblés III, 2026, patchwork, techniques mixtes,43 x 92 cm
Effacement – recouvrement, 2025, tempera grasse sur toile, techniques mixtes, 4 x 27 x 35 cm
Corps réassemblés IX (sur drap), 2026, patchwork, techniques mixtes, 200 x 200 cm
Corps réassemblés VIII (sur drap), 2026, patchwork, techniques mixtes, 200 x 200 cm
Installation textile en collaboration avec Louise Bentkowski
Projet lauéat du dispositif Créations en Cours des
Ateliers Medicis
2021
Tendre détente est un projet de création en déplacement, qui se transforme selon les lieux et les rencontres. Nous l’envisageons comme une pratique collective et ouverte, où l’installation se re-configure à chaque contexte.
Nous travaillons à partir du textile et l’installation se compose de toiles, patchworks, draps suspendus qui dessinent dans l’espace des architectures fragiles et mobiles. Ces éléments construisent des situations éphémères, proches d’abris ou de dispositifs de circulation .
Imaginé à partir du geste quotidien de l’étendage, le projet déploie des parcours de couleurs dans l’espace, modifiant la perception des lieux traversés. Il engage directement le corps et le regard, en ouvrant des espaces de jeu, de passage et de cadrage.
Le projet naît souvent dans des contextes situés, au contact de groupes ou de lieux spécifiques, et s’invente à chaque fois comme une forme collective et temporaire, entre installation, performance et un paysage habité.
Série d’ateliers mené à La Source Garouste – Villarceaux
2026
À partir de la question « Qu’est-ce qui entre en nous et nous nourrit ? », cet atelier propose aux enfants de penser le corps comme un territoire traversé par des sensations, des souvenirs, des relations et des imaginaires.
Le projet s’est construit par étapes, à travers la teinture naturelle, le dessin, la collecte et l’assemblage de fragments textiles.
Les tissus teints et les chutes de matières sont devenus des éléments de petits patchworks, puis deux grandes compositions collectives. Peu à peu, les corps imaginés au départ ont laissé place au paysage : un désert et une montagne, constitués de fragments de tissus auxquels se mêlent les formes, les couleurs et les interventions des enfants. Chaque morceau conserve quelque chose de son histoire tout en entrant dans une composition commune.
Le patchwork devient ainsi un espace de transformation : les fragments se déplacent, se juxtaposent et s’assemblent pour former un paysage qui n’appartient plus à personne en particulier. Entre territoire intérieur et territoire partagé, ces deux grandes pièces composent une géographie collective, faite de traces, de matières et de récits multiples.